La plupart d' entre vous l' ont pas vécu...Pas encore!
Parfois simple, voire, plus que parfait, le bon vieux temps ne se décline qu' au passé, bien qu' il puisse prendre de multiples formes!
Familiale, comme quand ma soeur, de retour du lycée, annonça, triomphalement, son choix du Teuton, en 2ème langue, enfreignant, par là même, un des deux seuls interdits dont je peux me rappeler: ne rien dire du privé, et parler de l' Allemagne!
Les rares exceptions aux diktats maternelles, comprenaient, toutefois, les réunions " familiales ", où après quelques longues et abondantes libations, l' un ou l' autre de mes " oncles ", nombreux et de nationalités diverses, encore qu' assez souvent " mittel-européennes, se laisse aller à me raconter la dureté des combats de Kharkov, ou l' avantage du fw190 sur le bf 109 ", avant de se voir interrompre, à mon grand dam, par ma mère, d' un: " N' écoute pas tonton Johan, il est saoul! ", définitif!
Bref, ma soeur semblant, apparemment, à jeun, la faute était patente, et, ce jour-là, le Götterdämmerung prit la forme d' un rappel impérieux du Pater familias au domicile " Paul, rentre immédiatement...! "
Un petit quart d' heure de silence lourd de fureur contenue, et le papa déboula, un peu tendu, déjà, et, le trenchcoat sur les épaules, fut mis au courant de l' ignominie:
- " TA fille veut apprendre l' allemand...! " -
Mon père regarda ma soeur, qui, en se frottant vigoureusement les yeux, s' était donnée l' air d' avoir beaucoup pleuré..
- Perso, je n' ai JAMAIS vu ma chère soeurette avoir, ne serait-ce qu' une trace d' humidité dans l' oeil, à moins d' y avoir reçu un insecte de bonne taille! Elle tenait de ma mère...Tout au plus, elle passait de Celsius, à Farenheit...Et je parle de zéro, ça va de soi!...Et vous décochait un regard qui semblait vous traverser: vous veniez de disparaïtre! Et c' était tout...! -
..Puis ma mère, et cracha, dans la langue de Goethe, un inamical, à ce qu' il semblait, commentaire, tout en virant au cramoisi!
Ma mère, la bouche en coup de sabre, les yeux de porcelaine fixés sur l' imprécateur, attendait qu' il eut besoin d' un peu d' oxygène, pour le rafaler d' un flot dur d' éructations sifflantes...C' était parti!Achtung..Flieger alarm....Quand Sepp Dietrich et Eva Braun commençaient à s' engueuler en schleu, il était temps de regagner le bunker douillet de notre chambre! Un long couloir, et deux portes fermées plus tard, on s' installa dans l' attente de l' armistice!
De toute façon, ça finirait par des grincements de sommier, et, une demi-heure plus tard, la Mamili venait gratter à la porte, en nous exhortant, de sa voix " Walt Disney ", à regagner la civilisation!
Bilan de la blitzkrieg, ma conne de soeur s' est fait chier une bonne partie de sa jeunesse, si tant est qu' elle ait jamais été jeune un jour, à décliner du Boche, et mon père décida une soudaine épidémie contagieuse qui nous força à suspendre nos études respectives, pour passer une petite semaine à visiter les " chateaux de la Loire "...Dont j' avais, à l' époque, rien à foutre: la bêtise crasse de la jeunesse étant sans fond, ni fin, d' ailleurs...Hélas!
Mais le bon vieux temps, c' est aussi ce matin tiède d' une veille d' anniversaire, ou je trépignais dans la vieille deudeuche du père Jobert, m' emmenant, de Larchant à Nemours, essayer MON Mitchell 300, monté sur ma canne en " fibre de verre pleine ".
J' avais, en prévision du monstre que j' allais prendre, monter du " Cinq kilos ", ce qui, en langage d' aujourd'hui, indiquait rien moins que 100m de ressort transparent d' un bon 45/100ème, qu' une, déjà, Suissex n° 3, munie d' une olive percée de 15 grammes, détendait à peine...Ce que le nylon était raide, à l' époque, c' était à pas croire: on aurait pu, en gardant le pickup ouvert, rembobiner, sans toucher la manivelle, 20m du produit, sans effort!
Evidemment, les lois physiques étant les mêmes, il me fallu que quelques " lancers " hasardeux pour accrocher le bazar au fond...Inaugurant une part non négligeable de ma nouvelle passion: tapisser les rivières de France, et leur végétation rivulaire, d' une solide couche de métal clinquant, et, à l' époque, bon marché...Du moins, dans son utilisation habituelle!
Mais c' était le bon vieux temps, et, outre que je ne me préoccupais guère de savoir comment l' argent était distribué, je disposais de rien moins que que de TROIS détaillants d' articles de pêche, dans le seul bled de Nemours!
Celui, choisi pour reconstruire mon stock, eut pitié du porte-monnaie de mes pauvres parents, et glissa un bouchon de liège fendu, à un mètre de mon quelque peu excessif, plombage: " C' est un vieux truc que m' a apris mon grand-père! ", me certifia le fieffé menteur, " Un sacré pêcheur de brochets...Je peux te le dire! ", avait-il ajouté, en concluant la vente d' un renouveau d' espoir.
Un peu méfiant - le truc était franchement ignoble! -, je regagnais le canal, où j' essayais le " montage ", avant d' aller risquer la honte sur la rivière, aux rives plus fréquentées...Contre toute attente, ça fonctionnait pas trop mal, et le flotteur vert et rouge, et monté, judicieusement, cul par dessus tête, traçait un sillage réconfortant, sur le plan visuel, tout du moins: je savais ma cuillère peu ou prou à l' abri d' une subreptice, et accapareuse, saleté subaquatique! De plus, en marchant sur le bord, et en tenant ma canne à la perpendiculaire, je pouvais m' abstenir du geste monotone, et répétitif, du lancer...Rien ne vint, pourtant, récompenser mon ingéniosité: le génie est, toujours, méconnu!
Revenu sur le Loing, je découvris un nouvel avantage au montage: lancé dans le courant, j' arrivais à rejoindre ( Ou, du moins, à m' en rapprocher! ) le Graal du pêcheur novice...La rive d' en face! Après avoir dévidé quelques spires du ressort, j' amenais le bouchon sautillant, au ras des joncs, et de la berge, glissant sous la chevelure traitresse des saules.
Et c' est sous un de ces buissons, autrefois hermétiques, qu' une série d' émotions contradictoires vint inscrire, à jamais, la marque, indélébile de ce qui fait le bon vieux temps!
D' abord, une brusque secousse désolidarisa mon bouchon de ma ligne, et avant même que le chagrin, et la consternation n' eurent fait leur oeuvre, une deuxième secousse, et le sillage brusque du nylon, fendant la surface noirâtre de l' eau, me firent admettre l' impossible: je venais de prendre un poisson!
Du moins, ça avait l' air bien parti pour!
Le frein serré à mort, comme il se doit, l' antiretour enclenché, j' offrais, à ma future victime, tous les moyens de s' en sortir, sans trop de dommages...Mais le fil à thons, que j' utilisais, pouvait compenser toutes les erreurs commises: la bête vint s' échouer, assez rapidement, sur une avançée sablonneuse!
Ce n' était pas un brochet, ni même une grosse perche...C' était un gras chevesne massif, à la gueule carrée, large et vigoureux: un vieux cabot malin, tapi sous la voute de feuillage, offrant la discrétion, en filtrant la lumière d' un beau soleil d' été, nécessaire à quelque bonne fortune.
J' avais lâché ma canne, et agenouillé auprès de ma proie, j' empoignais la cuillère à pleine main - au bon vieux temps, on doutait de rien, et rarement, qui plus est! -, et je soulevais la bestiole!
La bêtise n' a pas de limite, dit-on, mais la patience, si...C' est du moins ce que m' apprit ce meunier qui ne dormait pas: d' un violent coup de rein, il se décrocha, et retomba dans le Loing, me submergeant de honte, et de flotte vaseuse!
Le prix à payer, sans doute, pour passer de souvenir à regret, avant d' atteindre l' Olympe de nos mémoires sélectives...Le bon vieux temps!
Et le vôtre, n' ayez pas d' inquiétudes, ne sera pas moins savoureux que le mien...Je tiens la certitude de mon père, qui l' avait apprise, sans doute, et en son temps, de quelque vieux marin, nostalgique des gréements houari et du chant du bois des thoniers de Quiberon, avant qu' ils ne deviennent sordides bistrots et crêperies malfamées...C' est dire!
Carpe diem...
Le bon vieux temps...!
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