De sous les frondaisons silencieuses des propriétés cossues du lac de Côme, bordant la presqu'ile de Bellagio, aux radiers, disparus, sans doute, de la Loire, et jusqu' à la berge de mon jardin, le chevaine a toujours été présent...Jamais cherché, mais toujours trouvé, ce poisson détient, d' évidence, le record absolu d' injures et de jurons beuglés à l' endroit de la faune ichtyologique!
Car, sous un physique de brute épaisse pataude, se cache une saloperie innommable: vorace et brutal, il bouffe tout, et pourrait faire la victime propiciatoire parfaite de notre sadique passion, n' était une suspicion de confesseur, et un caractère retors et sournois!
Alors que la truite, apeurée, file, rapidos, au fin fond de son bunker, le cabot, feignant l' indifférence, continuera à vous narguer, allant même jusqu' à revenir sur le leurre relancé, et re-re-relancé, avant de s' en écarter, goguenard, dans un mouvement de nageoire ressemblant, à s' y méprendre, à un bras d' honneur!
Le même, toutefois, et surpris par la chute intempestive de...quelque chose, au défaut de son épaule absente, cassera net votre 18/100, pour peu qu' il se soit fait du gras, au sortir de quelque répugnant égout...Et que vous ayez, par trop, mal ajusté votre frein!
Car, en dépit de sa réputation de couille-molle, née, à mon humble avis, plus du dépit et des espoirs déçus, que d' une réelle et pragmatique expérience, le chevaine peut s' avérer, tout de même, un adversaire coriace...Du moins, dès qu' il atteint des mensurations honnêtes!
Même si il n' est pas du genre à vous infliger les contorsions hystériques d' une Fario terrorisée, il est parfaitement capable, pour peu que son premier rush le dirige dans la bonne direction, d' effectuer quelque subtil slalom, dans les roseaux, ou les nénuphars, ou de s' encagnarder dans une saleté de trou, au mitant d' une douve de moulin!
En bref, méfiez-vous des idées reçues...Et des faiblesses de vos lignes: la crapule va pas mettre longtemps à s' en satisfaire!
Pour ce qui est du leurre, je crois en avoir pris avec tout: de la tripe de poulet, utilisée comme un Slugo, à l' époque où l' intelligence des moyens remplaçait le découvert bancaire, jusqu' au Water Monitor 95, en passant par des touffes de ceci, et des paquets de cela...Le goinfre boufferait sa mère, aussi sûrement que l' inverse!
Comme dit, je l' ai peu recherché, sauf les chaudes journées d' été, en Loire, naguère: à la sauterelle, et à vue...Et du haut d'un amoncellement de bois flottés, amenés par les grosses crues printanières, qui formait des bassins clairs, où on voyait tournoyer des monstres, faussement apathiques!
Aujourd'hui, encore, il m' arrive de me cacher derrière un arbre, comme un obsédé au sortir d' un pensionnat de jeunes filles, pour tenter, par des lancers acrobatiques, de tromper la fausse nonchalance de quelque pépère, squattant la berge de mon jardin...Pour, il est vrai, peu de résultats!
Carpe diem...
page 82 chevaine au cranbait et minnow